Nous nous retrouvons en ce mois de printemps pour notre 3ème interview du projet…
12 mois, 12 auteurices engagé.e.s francophones !
(Pour rappel, pendant toute l’année 2026, je vais avoir l’honneur d’interviewer des auteurices engagé.e.s et vous partager leurs réponses chaque mois !)
Et ce mois-ci, j’ai eu l’honneur d’interroger Jolan C. Bertrand, un auteur que je suis déjà depuis quelques années !
J’ai lu et adoré Les soeurs hiver et j’ai dans ma PAL Fleur de Bastion et le Renard Masqué que, je sais déjà, j’adorerai également. Jolan est quelqu’un de drôle et passionnant, mais surtout de très engagé dans de nombreuses causes, que ce soit sur ses réseaux sociaux en repartageant massivement des posts antifascistes, antiracistes et j’en passe ou directement dans ses livres notamment en représentant des personnages LGBTQIA+, des personnages que Jolan aurait lui-même voulu voir enfant dans ses livres pour pouvoir s’y retrouver. Pour vous donner une exemple, le pronom des trolls dans Les soeurs hiver est ul, et qu’est-ce que ça fait du bien d’avoir de la belle représentation de concerné.e.s. Egalement, il lui tient à coeur la condition des enfants et le fait d’arrêter de ne pas les considérer comme une partie à part entière de la société, mais vous le verrez un peu plus durant cette interview.
Bref, vous avez compris que j’adore le travail de Jolan, et bien en voici tout de suite une petite sélection (encore disponible dans vos meilleures librairies) :
Pour faire sa courte biographie (car vous pouvez la retrouver assez facilement sans mon aide !) Jolan Chloé Bertrand est auteur depuis 2014. Il adore écrire de l’imaginaire et est le champion pour créer des chapitres avec tellement de tension et de suspense qu’on est obligé de lire le chapitre d’après même à 3h du matin (je m’ajoute aux nombreuses plaintes déjà reçues !). Il est passionné par le grand Nord (et ça se sent dans certains de ses romans) et est très proche de ses ouistitis (ses neveux et nièce adoré.e.s). Il adore Le seigneur des anneaux (sous son format film attention), il aime jouer à Journey et se mater Buffy contre les vampires avec une petite pizza margarita pour aider à la concentration. Il aime faire du sport, et plus particulièrement la fatigue à la suite d’une bonne séance. Pour se remettre de sa fatigue, rien de tel qu’une petite infusion à la réglisse, avant de se glisser dans son lit, dont les draps fraîchement changés viendront satisfaire son âme. Grand fan de sirène, de froid, mais aussi de pâte à pain (enfin, le fait de la pétrir précisément), il adore également l’affection du chat de saon coloc quand il se pose sur ses genoux et savoure chaque instant où ses neveux et sa nièce le calinent et lui disent je t’aime.
Si Jolan existait dans un monde de jeu de rôle, j’imaginerais sa fiche personnage ainsi :
(Merci beaucoup à Jeanne (https://pilalire.com) pour les magnifiques dessins de cette présentation type JDR !!)
Maintenant que vous en savez un peu plus à propos de Jolan (même si je ne suis pas sûre que vous souhaitiez avoir tant de détails ahah), revenons à des sujets plus sérieux.
Chaque mois je pose à l’auteurice mis en avant quelques questions sur son travail et son engagement. Ce seront toujours les mêmes questions (sauf une !) afin de pouvoir vraiment voir les différences de points de vue et de manière d’agir à son échelle.
Voici donc les réponses passionnantes de Jolan :
Q : Quels sont tes 4 coups de cœur absolus en lecture ? (et si tu peux détailler pourquoi)
R : – Terra Ignota, de Ada Palmer (une série érudite et généreuse, comme un puzzle en 4D qui ne cesse jamais de révéler de nouveaux secrets, qui parle d’identité au sens collectif et individuel, de vivre ensemble, de conflit, de genre, de religion, de politique etc.)
– Le tombeau scellé, de Tamsyn Muir (j’ai énormément pleuré, c’est une œuvre queer et audacieuse qui n’a pas peur de te forcer à regarder en face les horreurs de la solitude, du deuil, de la mort et de l’amour, j’attends le 4e tome dans l’impatience et l’angoisse, je sais pas si je vais y survivre émotionnellement)
– Un pays de fantômes, de Margaret Killjoy (un récit politique et didactique qui m’a donné de l’espoir et qui a cimenté les convictions politiques avec lesquelles je suis sorti de ma lecture des Dépossédés de LeGuin)
– Les Livres de la Terre fracturée, de Nora Jemisin (science fantasy brutale, audacieuse, onirique, qui se démarque de tout ce que j’ai pu lire avant ou après)
Q : Quel est ton thème de prédilection (un seul !) à écrire ? Pourquoi est-ce celui-ci principalement ?
R : L’identité, et plus précisément la façon dont on détermine ce qu’est une personne (une personne, pas un être humain). Pour moi c’est la pierre d’achoppement du vivre ensemble, et en tant qu’auteur et lecteur de fiction spéculative, je trouve impossible de spéculer sur des sociétés alternatives ou futures sans articuler nos récits autour de cette question.
Q : Quels sont les thèmes engagés qui te tiennent à cœur et que tu aimes intégrer à tes histoires afin que mes lecteurices découvrent l’étendu de tes sujets ?
R : En jeunesse je parle beaucoup de responsabilité, du poids des attentes des autres (famille, ami-es, société au sens large), je valorise l’audace et le courage, mais aussi la gentillesse et la maturité. En adulte, je parle d’amitié, de famille trouvée, d’amour proteiforme, du rapport à l’autre, mais aussi de libre arbitre, et de seconde chance.
Q : Sur quel sujet aimerais-tu faire un livre ? Qu’est-ce qui te bloque ?
R : J’aimerais écrire des romans jeunesses sur des sujets plus personnels et de manière plus directe (la transidentité, l’asexualité, la masculinité par exemple), je cherche encore la bonne manière de lier fiction et réalité sans me placer en donneur de leçon (j’essaye de toujours prendre mon lectorat au sérieux, surtout les plus jeunes).
Q : Quel est LE stéréotype qui t’énerve plus que tout dans les livres ?
R : C’est compliqué de répondre à cette question parce que ce que je vais considérer, moi, comme un stéréotype, ce sera forcément la réalité de quelqu’un d’autre. Si je peux prendre la question à contre pied, je dirais que j’aimerais voir davantage de personnages trans qui n’ont pas un rapport conflictuel à leurs corps et pour qui la transition médicale n’est ni une évidence ni une nécessité mais un choix.
Q : Quel est ton projet (littéraire ou non), dont tu es le plus fier ?
R : Construire une belle relation avec ma nièce et mes neveux, j’y travaille depuis leurs naissances et je commence à avoir de quoi faire des bilans de mi-parcours avec les aîné-es, et je suis vraiment très heureux d’être dans leurs vies, et fier des rapports qu’on a construit au fil des années.
Q : Quels sont les prochains projets que tu voudrais nous teaser ?
R : Beaucoup de suites de mes romans jeunesses, mais aussi, qui sait, peut être une ou deux bande-dessinées…
Q : Est-ce qu’être engagé a été un frein, un levier ou a eu un réel impact sur ta carrière ?
R : Je pense que de nos jours, être un auteur engagé, quand on est un homme blanc issu de la classe moyenne, c’est jamais un frein, au contraire, c’est vendeur (un peu comme les papas qui s’occupent beaucoup de leurs enfants). Le monde de l’art et de la culture ne traite pas du tout mes camarades racisé-es, handicapé-es, fems etc. de la même manière.
Q : As-tu déjà regretté d’avoir parlé d’un sujet précis ?
R : Pas un sujet précis mais je regrette beaucoup la façon dont j’ai écrit mes personnages racisé-es dans mes premiers romans, j’étais très jeune et naïf et je ne leur ai pas fait justice.
Q : La rencontre la plus marquante avec un.e lecteur.ice de ta vie ?
R : Ce sont les enfants qui me marquent le plus et je refuse de les départager.
Q : Si tu pouvais partager une connaissance qui te paraît essentielle au monde entier, qu’est-ce que ce serait ?
R : Les enfants sont des gens. Pas des sous-gens. Pas des extensions ou propriétés de leurs adultes. Des gens à part entière. La façon dont on les traite est inadmissible.
Et voilà la fin de cette superbe interview…
J’espère que Jolan vous aura autant passioné.e que moi ! J’ai adoré cette interview (comme toutes les autres, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit !!)
Je remercie sincèrement Jolan de s’être prêté au jeu de mes questions loufoques malgré les difficultés dans nos planning de se dégager un peu de temps. Merci encore d’avoir participé !
N’hésitez pas à me proposer des auteurices francophones engagé.e.s, pour l’instant la liste n’est pas totalement figée, et rendez-vous en fin de mois prochain pour une nouvelle interview !

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